Assmat : le témoignage de Maud

Voici le tout premier article d’une nouvelle rubrique, dédiée aux témoignages d’autres professionnelles de la petite-Enfance !
Je trouve toujours intéressant de partager nos points de vue : nos différences, au final, nous enrichissent !
Bref, voici Maud, du blog Maman Mammouth, qui nous parle de son quotidien.


Peux-tu me parler de toi et du métier d’assistante maternelle, tel que tu le vois et le pratique?

Je suis assistante maternelle depuis fin 2013 dans la région toulousaine. Cela faisait quelques années que je préparais ce projet, c’est l’arrivée de mon fils qui m’a poussée à sauter le pas! J’ai choisi de proposer un accueil bienveillant et positif, basé sur le respect de l’enfant, de son développement et de son rythme propre. Je pratique la communication non violente, j’ai exclu toute forme de punition ou de violence éducative ordinaire.

Je tente de m’adapter au mieux aux besoins des familles également. Je peux utiliser le portage, je propose une continuité dans la méthode de diversification choisie par les parents (ex : DME), j’essaie de m’inscrire dans une continuité de leurs rituels en les adaptant à mon lieu de vie (ex : lit au sol).
J’ai eu la chance de garder deux petits garçons depuis que j’ai commencé, de respectivement 2,5 ans et 16 mois. Des petits garçons élevés avec des valeurs proches des miennes, ce qui m’a permis d’avoir une relation vraiment de qualité et privilégiée avec les parents.

Avant de devenir assistante maternelle, j’étais directrice adjointe d’un centre de loisirs. Le fait de devenir maman m’a donné envie de changer. L’accueil de masse ne me correspondait plus.

J’avais déjà l’idée de devenir assistante maternelle depuis quelques années, mais j’avais besoin de mûrir le projet (et de vieillir aussi! J’ai commencé à 24 ans, ce qui reste relativement jeune). J’ai sauté le pas quelques mois après la naissance de mon fils. J’avais pris le temps de construire mon projet d’accueil, de me projeter dans ce métier.

Assistante maternelle est un beau métier… qui comporte comme chaque emploi ses avantages et ses inconvénients. Selon moi, cela reste un emploi précaire. De nombreuses régions aujourd’hui souffrent d’un « trop » d’assistantes maternelles qui fait que le taux de chômage est assez élevé dans la profession. Pour faire ce métier, il faut aussi accepter de faire beaucoup d’heures pour un salaire non significatif. Enfin, c’est un métier assez mal considéré. Les incidents étant largement diffusés par les médias, nous souffrons d’un manque de confiance des parents envers nous. Nombreux sont ceux qui préfèrent les crèches car ils ont peur. On ne peut pas leur en vouloir. Je trouve que notre métier n’est pas assez valorisé, car les assistantes maternelles passionnées et très impliquées sont nombreuses!

Heureusement, ce métier offre beaucoup de positif! J’apprécie le fait de travailler chez moi et de pouvoir aussi m’occuper de mes enfants. J’aime cet accueil « intimiste », où je peux prendre du temps pour chacun, où aucune journée ne se ressemble. Je ne regrette pas ce choix!

Comment accompagnes-tu les enfants avec bienveillance? T’inspires-tu de pédagogies « alternatives »?

C’est ma ligne de conduite! Le premier petit garçon que j’ai gardé était un petit « facile »… dans le sens où il mangeait bien et de tout, il dormait beaucoup et facilement, il parlait extrêmement bien, il était doux, souriant, créatif… Je peux dire qu’il m’a été facile de suivre son rythme et son évolution, même dans ses phases d’opposition.

Le second petit garçon, était déjà plus petit, et c’était sa première séparation. C’était un petit garçon aux besoins affectifs accrus, avec un fort besoin de réassurance. Le sommeil a été problématique, beaucoup d’angoisses. Et c’est là que j’ai du user de beaucoup de patience et de bienveillance pour que ce moment précis de la journée finisse par s’apaiser. Il était hors de question pour moi de le mettre dans une chambre, de fermer la porte et de le laisser pleurer. J’ai donc installé un lit au sol, comme chez lui, afin de ne pas trop le perturber. Et je décrivais, chaque étape de ce rituel. Les premiers endormissements se sont faits dans mes bras. Progressivement, des bras, on est passé au lit. Je restais près de lui le temps qu’il fallait. Ce temps s’est réduit petit à petit, et l’endormissement apaisé est arrivé.

Certes, cela demande du temps, beaucoup de temps et une certaine logistique. Mon fils ne faisant plus de sieste depuis des mois devait rester un peu seul. Il a fallu que je jongle avec tout ça. Ca n’a pas toujours été simple, mais le jeu en valait la chandelle!

La bienveillance, l’éducation positive et non violente apporte plus qu’on ne le pense aux enfants, ainsi qu’à nous même. Ce n’est pas un effet de mode, comme on l’entend souvent. Ce n’est pas non plus la porte ouverte aux « enfants rois » (ce que je peux détester cette expression!). Non. L’éducation bienveillante n’est pas une éducation laxiste. La fermeté et les règles y ont toute leur place et tout leur sens. Cependant, l’adulte sort de sa position dominante pour être celui avec qui on coopère, celui qui accompagne.

Pour moi, la bienveillance éducative permet à l’enfant de construire une meilleure estime de lui même, d’avoir d’avantage confiance en lui et en ses capacités, d’avoir d’avantage confiance en l’adulte aussi. Il se sent écouté, même s’il n’obtient pas toujours ce qu’il souhaite. Je pourrais en parler des heures! Ce n’est pas simple tous les jours, mais les graines semées sont si précieuses!

Quant aux pédagogies alternatives, j’en ai une formation « globale » (essentiellement Freinet et Montessori). Je ne peux pas dire que je m’en inspire énormément au quotidien. Mais j’en ai puisé beaucoup… beaucoup de bon sens! Toutes les pédagogies alternatives (ou pédagogies actives) remettent l’enfant au centre et visent à l’aider à développer son autonomie et ses capacités propres. Pratiquer la motricité libre (cf. Pikler) c’est avoir des sueurs froides parfois, mais c’est s’émerveiller devant le confiance en ses capacités motrices qu’acquiert l’enfant!

Proposer aux tout-petits de partager les tâches du quotidien (mettre la table, débarrasser, mettre seul sa serviette, passer l’éponge…), leur laisser la possibilité de « faire seul »… C’est si précieux!

As-tu parfois des difficultés à mettre en place la « bienveillance » dans ton quotidien professionnel, avec les enfants et/ou les parents?

Bien sûr. Ca n’est pas simple tous les jours. Il faut jongler avec sa patience, sa fatigue… Garder des tout-petits 12h par jour ce n’est pas de tout repos. Ils ont chacun leur rythme propre, leurs tempéraments… alors parfois il y a des ratés. Parfois on ne trouve pas les bons mots, on n’a pas la bonne réaction.

De mon côté, j’ai parfois eu du mal à trouver la réaction juste quand mon fils tapait l’enfant gardé, quand il lui arrachait un jeu des mains par exemple. Trouver les bons mots n’est pas si simple.

Tout comme il n’est pas facile de toujours répondre aux besoins des tout-petits, quand il ont un besoin intense au même moment.

Je pense qu’il faut avoir de la bienveillance envers soi-même et accepter qu’on ne peut pas toujours y arriver, que parfois on peut se tromper.

Pour moi, l’aventure avec ce métier va cesser, mais je ne regrette pas d’avoir fait ce choix! J’en sors enrichie! C’est un magnifique métier qu’il faut choisir pour les bonnes raisons. En revanche, je crois que c’est aussi un métier qui mériterait d’avantage de formation, notamment en ce qui concerne la communication bienveillante, les alternatives aux punitions etc. Ce métier a encore une belle marge d’évolution, et tant mieux!

Merci beaucoup à Maud pour avoir partagé avec nous ton expérience !
Vous pouvez retrouver ses articles sur son blog (que j’adore, soit-dit en passant !) : ici. Elle y parle de son quotidien de maman, d’éducation positive, de lectures, etc.
Si vous souhaitez vous aussi partager sur votre quotidien d’assistante maternelle, n’hésitez pas à me contacter.

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