Pédagogie Pikler-Loczy : le change, tout un art !

 Aujourd’hui, nous allons parler changement de couche. Pas très passionnant, me dites-vous? Pourtant, ce geste banal peut être une véritable occasion pour approfondir sa relation avec un enfant… en particulier si on pratique l’approche Pikler-Loczy (je vous en avais brièvement parlé ici).

Dans la vidéo suivante(en allemand, mais facilement regardable ^^), nous pouvons voir une « nurse » spécialisée dans la pédagogie Pikler-Loczy.
Pour avoir étudié cette vidéo lors de ma formation Montessori (car ces deux approches sont similaires en bien des choses), voici ce qui m’impressionne :
– La nurse échange avec le nourrisson, soutient son regard, et approfondit une vraie relation par son attitude.
– Elle dialogue avec lui avec précision et précaution : avant chaque geste (par exemple, le retourner légèrement pour déboutonner son body), elle le prévient, lui demande son accord d’une voix douce. Puis, elle commence le mouvement, en lui décrivant ce qu’elle fait.
C’est, je trouve, à la fois simple et extraordinaire : qui, dans sa pratique quotidienne, peut prétendre communiquer aussi bien avec un nourrisson?

Je vous propose également de lire le texte suivant, extrait de l’article « Coopération : pourquoi ? À propos de la table de change », diffusé par l’association Pikler Lóczy-France : http://www.pikler.fr

Nous parlons beaucoup de l’importance des soins, du fait que c’est, pendant les minutes passées dans l’intimité du tête-à-tête, que s’instaure et s’approfondit la relation entre la nurse et l’enfant.
Nous parlons beaucoup de la manière dont la nurse doit prendre l’enfant, comment doit être sa main, avec quels gestes elle doit le lever, le nettoyer, comment elle doit lui parler pendant les soins, et aussi comment elle doit l’inciter à être actif, à coopérer lorsqu’elle le fait manger, lorsqu’elle le baigne, l’habille, le change. Mais nous parlons relativement peu de cette coopération et des conditions matérielles permettant la réalisation d’une bonne relation pendant les soins.

Pourquoi la coopération est-elle si importante ? Pourquoi ne pouvons-nous pas nous contenter des paroles agréables et des gestes délicats de la nurse ?
Les soins délicats, affectueux, sont naturellement très importants. Si l’on n’y prête pas attention, le nourrisson, et le petit enfant qui ne s’exprime pas par la parole, peuvent facilement devenir un « objet » entre les mains de l’adulte ; un « objet » que l’on prend, que l’on pose plus loin, que l’on déséquilibre. On manipule son corps, sa peau subit, tour à tour, le chaud et le froid…, pendant que lui, l’enfant, voit le visage qui se penche sur lui, entend les mots qui volent au-dessus de lui, sent les divers contacts. Alors, si les sons ne sont pas trop forts, si des gestes ne lui font pas perdre son équilibre, si des mains douces le touchent, les soins ne seront pas pour lui une expérience désagréable.

Cependant, ce n’est pas suffisant ! Pendant les premières semaines, les premiers mois, c’est au cours des soins que le nourrisson acquiert les expériences décisives pour le développement de sa personnalité : un geste délicat, un mot amical n’y suffisent pas.

L’enfant doit sentir que les mots s’adressent à lui, que la personne penchée au-dessus de lui attend une réponse par ses yeux, par ses paroles, par ses mains ; qu’elle guette son regard, son attention, son sourire, sa voix. Il doit sentir que les mains posées sur son corps sont des mains qui interrogent et, à cette question, il répond par le relâchement de ses muscles, par la détente ou alors la crispation, la résistance.

Ainsi, dès le début, le bébé vit « l’expérience de la compétence », la reconnaissance progressive de son moi, de ses besoins ; il acquiert une certaine conscience que ses « signaux corporels » sont compris, qu’il peut agir par ses réactions. Il acquiert aussi un sentiment de sécurité qui est à la base de sa personnalité.

Ce genre de dialogue entre adulte et enfant ne s’instaure, cependant, que si l’enfant est habitué à cette attention et à ces gestes de demande et de questionnement, aux mots qui s’adressent toujours à lui. Si c’est uniquement dans quelques occasions exceptionnelles, c’est en vain que l’auxiliaire tente d’encourager le bébé à la coopération.

Le nourrisson, soigné gentiment mais mécaniquement, ne peut pas faire cette expérience de « la compétence », même s’il donne l’impression de coopérer : si, par exemple, couché sur le dos, à la demande ou éventuellement sans qu’on le lui demande, il lève ses fesses lorsqu’on le change ; ou, plus grand, il lève la jambe et se penche, comme dans une « chorégraphie » bien précise.

Ce genre de bébé « obéissant » s’est habitué, il sait ce qu’on attend de lui et il agit conformément à cette attente. Il exécute les mouvements qu’il a bien exercés.

En revanche, le bébé coopérant vraiment avec son auxiliaire l’aide pour son propre plaisir. Il se « permet » de réagir de façon adéquate aux demandes de la nurse, mais aussi d’en dévier de temps en temps, en jouant ou en « sortant » des soins pour s’occuper de quelque chose d’autre, sur laquelle il s’efforce aussi d’attirer l’attention de l’auxiliaire ; et l’auxiliaire qui coopère permet, dans certaines limites, ce genre de manifestations.

Beaucoup de personnes, en confondant les notions – en considérant la docilité comme de la coopération – pensent que cette façon du petit enfant (notamment celui qui grandit dans un groupe) de se conformer aux attentes de l’adulte est utile.

Car, pense-t-on, ainsi il apprend plus vite à s’habiller, à se déshabiller, à faire sa toilette et s’il a déjà appris dans quel ordre on lui demande ses bras, ses jambes, il va les tendre d’avance, s’il sait comment il doit retirer sa culotte ou mettre son pantalon, l’enfant deviendra autonome plus tôt, et la durée des soins peut être raccourcie (Et ainsi, pense-t-on, l’auxiliaire gagne du temps qu’elle pourra employer à des buts « plus utiles et plus nobles », à « s’occuper » des enfants, à jouer avec eux).

Or, ce raisonnement est erroné car une réponse véritable du nourrisson à une demande de coopération est très lente ! D’ailleurs, le délai de réponse de l’enfant est un indicateur de son niveau de coopération.

En effet, il est fréquent de voir que l’auxiliaire qui sait, qui a appris « qu’il faut parler à l’enfant, qu’il faut coopérer avec lui », sollicite effectivement sa coopération. « Tends ta main, donne ta jambe, retourne-toi, lève-toi, etc. », mais… sans attendre qu’il comprenne la demande et qu’il agisse conformément à celle-ci.

Avant même que l’enfant ait accompli le moindre geste, elle prend sa main ou sa jambe, lui enfile la chemise, le pantalon ; le couche, l’assied, le met debout. Ses mains fonctionnent en même temps que ses paroles. L’enfant ainsi rendu passif peut être habillé rapidement. On peut l’habiller plus rapidement que l’enfant qui coopère, il est « obéissant » et plus tard apprend les gestes d’une manière automatique.

Le temps consacré aux soins de l’enfant qui coopère n’est donc pas plus court. Nous ne voulons d’ailleurs pas le raccourcir ; c’est le seul moment où la nurse est en tête à tête avec lui. À notre avis, l’enfant « gagne » davantage pendant le temps qui lui est réellement consacré au cours des soins qu’aux moments où la nurse, après des soins rapides, s’emploie à s’occuper de tout le groupe, à jouer avec tous les enfants.

Et l’autonomie précoce n’est pas le but poursuivi : bien souvent, en institution, plus qu’autonomes, les enfants deviennent « débrouillards » douloureusement tôt, livrés à eux-mêmes et « émancipés » du jour au lendemain : « Tu es maintenant bien assez grand pour manger tout seul et t’habiller tout seul ! »

C’est en fonction de ce raisonnement que l’on peut voir, par exemple, des petits enfants ne sachant pas manger seuls se démener amèrement avec le repas posé sur la table devant eux.

Dans un établissement pour jeunes enfants, la coopération est l’instrument de la réalisation de la relation.

L’auxiliaire a besoin d’aide pour instaurer cette relation – différente d’une relation parentale, mais néanmoins véritable. On a beau lui dire – ne lui disons surtout pas ! – qu’elle doit « aimer » les enfants, « leur prêter attention », leur « parler », ce ne sont que des mots, des injonctions qu’elle satisfait d’ailleurs puisqu’elle aime les enfants, leur « prête attention » et leur « parle ». Et, pourtant, l’enfant est passif, ne lui répond pas.

Mais si nous encourageons l’auxiliaire à attendre la réponse de l’enfant…, cette réponse « vient ». L’enfant sourit, gazouille à son sourire, à sa parole, il se détend à sa demande, lui tend sa main, ses jambes, s’assied, se lève… Elle pourra, alors, se sentir de plus en plus proche de lui, et percevoir, à juste titre, qu’il s’épanouit grâce à son travail.

Nous pouvons/devons aider l’auxiliaire à parvenir à cette réussite, pour accéder à l’estime de soi dans son travail et au sentiment qu’adulte et enfant sont importants l’un pour l’autre, mutuellement. C’est ainsi qu’une auxiliaire pourra trouver du plaisir dans son travail auprès de l’enfant.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s